Archives mensuelles : avril 2011

Le garçon qui voulait dormir de Aharon Appelfeld

Depuis quelques jours, j’écris pour le webzine Toute La Culture.com d’où l’espacement entre mes articles sur Epstie.com… Vous trouverez un lien vers ce site dans la colonne de droite d’Epstie.com. En attendant que je retrouve un rythme plus satisfaisant, voici un la critique du dernier Appelfeld que j’ai écrite pour eux: 

©Marie Salomé Peyronnel

Le garçon qui voulait dormir de Aharon Appelfeld

Erwin est un jeune juif de seize ans né en Bucovine. Depuis la fin de la guerre il est plongé dans un épais sommeil dans lequel il sombre involontairement, comme pour échapper à l’accablante réalité. Il y retrouve les morts et son village natal.

Des réfugiés incapables de le sortir de sa torpeur, le transportent endormi avec eux. Il traverse ainsi des kilomètres porté par des inconnus errants à travers l’Europe. Lorsqu’il reprend ses esprits, Erwin est à Naples entouré de rescapés de la Shoah. Chaque visage qu’il croise, chaque démarche entr’aperçue lui rappelle un oncle ou un parent qui faisait partie de sa vie antérieure ; celle où son père écrivait sans trouver d’éditeur, où sa mère préparait du chocolat chaud et où leur bonne Victoria n’était pas la nouvelle propriétaire de la maison où il a grandi.

Il rencontre alors Efraïm qui regroupe autour de lui des hommes qu’il prépare à immigrer en Terre Promise. Pour devenir un pionnier, Erwin doit apprendre l’Hébreu, suivre un entrainement physique, une formation militaire et surtout changer de nom.  Il devient alors Aharon. Loin d’être anodin, ce changement bouleverse Erwin et certains de ses camarades. Ils ont peur de trahir leurs parents en abandonnant le prénom choisi par eux.

Ce roman est la lutte qu’Erwin mène pour émerger d’une longue nuit et apprendre la « langue de la mer » sans trahir sa langue maternelle. Entre un passé réduit en cendres et un Etat hébreu en train de naitre dans le sable du désert, Erwin ne peut choisir sans souffrance.

Aharon Appelfeld nous raconte ici une histoire d’une humanité troublante. Le lecteur est plongé dans les affres du deuil d’un jeune homme qui, par certains aspects, est Appelfeld lui même. L’auteur parle admirablement bien de la culpabilité des survivants à l’égard de leurs familles, de la déchirure insurmontable dans la vie des réfugiés mais aussi de la puissance de l’écriture dans la renaissance d’un homme.  En effet, ce livre est également celui d’une victoire sur la douleur. Une fois encore, Aharon Appelfeld signe un ouvrage magistral.

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L’oiseau qui vole au dessus des tuiles rit

Don't kill a mocking bird, des Tuileries, avril 2011 ©Marie Salomé Peyronnel

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La « décadanse » à Oxford

Mauvais Genre ©Marie Salomé Peyronnel

Vous devez lire absolument ce 2ème roman de Naomi Alderman. Voici 3 aspects de l’intrigue qui justifient à eux seuls la lecture de Mauvais Genre.

1.    As tears go by : La chanson des Stones aurait pu être écrite pour Mark Winters, le pivot de ce roman. Mark apparaît dès les pages du prologue. Il est affalé dans un état second, complètement indifférent à ce qui se passe autour de lui. On veut tout de suite en savoir plus. Le premier chapitre nous ramène alors à Oxford plusieurs années auparavant. Ce jeune héritier malheureux et destructeur est celui qui fascine, qui irrite, qui paye et qui détourne du droit chemin. Ses amis représentent sa famille adoptive et il instaure une relation déséquilibrée pour les garder à ses côtés. Lorsque les études prennent fin et que chacun veut se lancer dans sa vie adulte, les ennuis commencent…

2. Forever Young : James, Jess, Emmanuela, Simon, Franny et Mark se sont rencontrés et sont devenus les meilleurs amis du monde dès le 2ème trimestre de leur première année à Oxford. Pendant ces années d’université, ils vécurent ensemble ce qui deviendra leurs meilleurs souvenirs. Ce roman raconte cette colocation de jeunes gens vivant en autarcie loin de toute réalité, les fêtes organisées à la maison d’Annulet House, les examens dans la prestigieuse institution anglaise… autant de moment rafraichissants et divertissants pour le lecteur qui, l’espace de ces 380 pages, vit avec la bande de copains. Naomi Alderman réussit à faire de ce récit  un bain de jouvence, tout en évoquant la difficulté de certains personnages à avancer, trop nostalgiques de leur folle jeunesse.   

3. Play with fire : Mauvais genre est aussi et surtout l’histoire de la chute du narrateur. James est un garçon sensible un peu trop faible. Il arrive plein d’espoir à Oxford. Apres une mauvaise chute (au sens littéral cette fois), il se blesse et prend trop de retard dans ses cours. Habitué à être un bon élève, il est déçu de lui même et s’enferme dans une dépression dont il ne sortira qu’en rencontrant Jess et ensuite Mark. La troupe d’amis joue avec le feu en acceptant le deal que Mark leur offre. (vivre à ses frais, dans sa maison) Peut être plus encore que les autres, James se sentira éternellement redevable envers celui pour lequel il ressent tant de sentiments contradictoires.

 Si cela ne vous a pas encore convaincu, sachez que c’est le seul livre que j’ai eu envie de relire dès l’instant où je l’ai refermé.

(22 euros, Editions de l’Olivier)

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Cornets de glace

Jardin des Tuileries, avril 2011 ©Marie Salomé Peyronnel

Presque l’été mais personne encore pour les croquer…

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Une histoire d’amour et de ténèbres… et de bureau :

Great House ©Marie Salomé Peyronnel

Great House est le troisième roman de l’écrivain New Yorkaise Nicole Krauss. Intitulé en français « La Grande Maison » il va sortir le 5 mai prochain aux éditions de l’Olivier. Le personnage principal de ce livre a traversé le monde et les années, inspire les uns et agace les autres, il est un peu gros et pas très beau, c’est un bureau !

Notre chère intello de Brooklyn n’est pas tombée sur la tête ou devenue matérialiste pour autant. Ce bureau qui est passé de mains en mains est un prétexte pour évoquer la perte, le passé, la Shoah, la poésie, l’écriture, l’amour, la filiation et la mort. Des thèmes qui lui sont chers et qu’on retrouve souvent dans les livres auxquels je reste collée jusqu’à leur dernière page.

Quatre personnages d’âges et d’univers différents se partagent une narration volontairement décousue. Le lecteur est curieux d’assembler chaque pièce du puzzle pour y voir clair. Mais de ces éclaircies en pointillés, se dessine de plus en plus précisément un univers sombre qui confère au roman sa profondeur.

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Bouquet de roses en apesanteur

Bouquet, Paris, avril 2011 ©Marie Salomé Peyronnel

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Enfance #3

Louise, 9 ans ©Marie Salomé Peyronnel

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Photographie préraphaélite en Grande Bretagne

La fille du jardinier de Julia Margaret Cameron

Quand on parle des préraphaélites on pense à priori aux peintres et non aux photographes. Il était donc bienvenu de regrouper ces différentes œuvres en une même exposition. Le parallèle est évident puisque les artistes se côtoyaient, abordaient des thèmes identiques et portaient des revendications communes.

Ce mouvement qui dura de 1848 à 1875 préconisait un détachement envers l’académisme artistique. Pour ce faire, les artistes s’inspiraient de l’art médiéval, c’est à dire avant Raphaël, qui échappait encore au carcan de règles façonné ensuite par la Renaissance.

Tout en recherchant une plus grande authenticité, Julia Margaret Cameron, Henry Peach Robinson et leurs acolytes ont modernisé la photographie (en développant par exemple des négatifs pris séparément pour les agencer ensemble, créant ainsi des photomontages) et leur travaux ont largement influencé les générations suivantes.

Malgré la mauvaise aération du musée d’Orsay vous aurez l’impression de faire une jolie balade à la campagne et d’y rencontrer des jeunes filles en fleurs et des enfants à la sagesse déconcertante. De ces paysages feuillus et de ces visages émus émane un message social et moral aussi simple que louable.

Une ballade d’amour et de mort: la photographie préraphaélite en Grande-Bretagne: du 8 mars au 29 mai au Musée d’Orsay

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Fenêtre ouverte

Fenêtre, Avignon, avril 2011 ©Marie Salomé Peyronnel

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Sous le pavé, le sage

La Lutte Initiale de Philippe Nassif ©Marie Salomé Peyronnel

En général les pavés qui ne sont pas de grands romans nous tombent des mains ou on les jette sur plus vieux que soi. Ce n’est pas le cas de la Lutte Initiale, dernier livre de Philippe Nassif, sorti hier chez Denoël.

6 raisons pour lesquels La Lutte Initiale est euphorisante:

1. Un vrai livre intello dont on comprend chaque mot. Et pourtant il parle de psychanalyse, de tao, de médiasphère, de « plus de jouir » et autres concepts qui ne font pas forcément partie de notre vocabulaire quotidien.

2. C’est rock! : Pour étayer sa réflexion pointue, Philippe Nassif  pioche en permanence dans sa culture rock, son expérience de journaliste ou sa vie personnelle. Des anecdotes et des exemples concrets qui rendent la lecture plaisante!

3. On rit au moins une fois toutes les 3 pages : En plus d’être brillant Philippe Nassif a beaucoup d’humour. Ce qui n’est pas donné à tout le monde.

4.  Une philosophie qui s’intéresse à votre corps: En bref, nous sommes devenus des mollusques et il est temps d’y remédier.

5. Un livre qui pose les bonnes questions.. la principale étant « Comment mettre à distance les petites jouissances qui nous dispersent afin de nous approcher de ce désir profond qui nous rassemble? »

6.  … et dessine des solutions!: La Lutte Initiale commence par un bilan intelligent de notre molle société du luxe mais c’est avant tout un programme motivant qui  permettra aux jeunes padawans de vivre mieux, d’être en lien avec leur désir et de sortir de la « Basse Modernité ».

Plutôt tentant, non?

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