Le garçon qui voulait dormir de Aharon Appelfeld

Depuis quelques jours, j’écris pour le webzine Toute La Culture.com d’où l’espacement entre mes articles sur Epstie.com… Vous trouverez un lien vers ce site dans la colonne de droite d’Epstie.com. En attendant que je retrouve un rythme plus satisfaisant, voici un la critique du dernier Appelfeld que j’ai écrite pour eux: 

©Marie Salomé Peyronnel

Le garçon qui voulait dormir de Aharon Appelfeld

Erwin est un jeune juif de seize ans né en Bucovine. Depuis la fin de la guerre il est plongé dans un épais sommeil dans lequel il sombre involontairement, comme pour échapper à l’accablante réalité. Il y retrouve les morts et son village natal.

Des réfugiés incapables de le sortir de sa torpeur, le transportent endormi avec eux. Il traverse ainsi des kilomètres porté par des inconnus errants à travers l’Europe. Lorsqu’il reprend ses esprits, Erwin est à Naples entouré de rescapés de la Shoah. Chaque visage qu’il croise, chaque démarche entr’aperçue lui rappelle un oncle ou un parent qui faisait partie de sa vie antérieure ; celle où son père écrivait sans trouver d’éditeur, où sa mère préparait du chocolat chaud et où leur bonne Victoria n’était pas la nouvelle propriétaire de la maison où il a grandi.

Il rencontre alors Efraïm qui regroupe autour de lui des hommes qu’il prépare à immigrer en Terre Promise. Pour devenir un pionnier, Erwin doit apprendre l’Hébreu, suivre un entrainement physique, une formation militaire et surtout changer de nom.  Il devient alors Aharon. Loin d’être anodin, ce changement bouleverse Erwin et certains de ses camarades. Ils ont peur de trahir leurs parents en abandonnant le prénom choisi par eux.

Ce roman est la lutte qu’Erwin mène pour émerger d’une longue nuit et apprendre la « langue de la mer » sans trahir sa langue maternelle. Entre un passé réduit en cendres et un Etat hébreu en train de naitre dans le sable du désert, Erwin ne peut choisir sans souffrance.

Aharon Appelfeld nous raconte ici une histoire d’une humanité troublante. Le lecteur est plongé dans les affres du deuil d’un jeune homme qui, par certains aspects, est Appelfeld lui même. L’auteur parle admirablement bien de la culpabilité des survivants à l’égard de leurs familles, de la déchirure insurmontable dans la vie des réfugiés mais aussi de la puissance de l’écriture dans la renaissance d’un homme.  En effet, ce livre est également celui d’une victoire sur la douleur. Une fois encore, Aharon Appelfeld signe un ouvrage magistral.

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