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J.D. Salinger, sa vie (très peu) et son oeuvre (beaucoup)

biographie de J.D. Salinger ©Marie Salomé Peyronnel

Il est particulièrement difficile d’écrire sur J.D. Salinger sans le trahir puisque aucun auteur n’a autant cherché à s’effacer de la scène publique et à combattre avec une ardeur si obsessionnelle les intrusions dans sa vie privée que l’auteur de l’Attrape Coeur. [1] Lorsqu’une biographie paraissait à son sujet, ce n’était pas sans lui déplaire.

En signant une bio sur le plus secret des écrivains américains, Kenneth Slawenski, le créateur du site DeadCaufields.com était donc attendu au tournant. Son effort constant de centrer le livre sur l’œuvre de Salinger lui donne bonne conscience. Mais on peut également y voir un manque d’information sur l’aspect personnel de sa vie, ce qui nous montrerait que Salinger a malgré tout réussi son coup.

Pour ceux qui, comme moi, ont envie d’en savoir plus sur Salinger, ce livre vous renseignera et surtout vous donnera envie de vous replonger dans ses nouvelles.

Après une lecture attentive et malgré les quelques réticences émises plus haut je recommande également ce pavé à 5 autres catégories de personnes :

1.     Aux fanas de littérature : Salinger écrivait beaucoup, même au front. Ni sa vie, ni la publication, ni rien au monde ne devait entraver son travail. L’écriture avant tout. En ce sens, le livre honore l’écrivain. 80% de l’ouvrage parle de ses textes. Ils sont résumés, remis dans leur contexte de l’époque et analysés. Un J.D. Salinger pour les nuls en quelque sorte.

2.     A ceux qui rêvent de connaitre les intrigues du New Yorker : Vous serez incollables sur Harold Ross, William Maxwell, Gus Lobrano et les autres.

3.     Aux juristes spécialisés en propriété intellectuelle : Obsédé par la protection de son travail, Salinger a plusieurs fois eu recours à des avocats… Certaines de ses affaires ont marqué des tournants dans le droit du copyright américain. Kenneth Slawenski y consacre quelques très intéressantes pages.

4.     Aux hippies et aux bobos: même si vous ne le savez pas, Salinger était votre père spirituel. Lisez et vous verrez.

5.     A tous ceux qui dans leur démarche artistique attendent une reconnaissance qui ne vient pas : Pendant une dizaine d’années Salinger a bataillé. Le New Yorker dont il sera pourtant un des grands favoris avait même affirmé que « this J.D Salinger (…) just doesn’t seem quite right for us ».[2] Comme quoi tout vient à temps à qui sait attendre (et travailler).


[1] C’est d’ailleurs en grande partie ce combat pour qu’on le laisse tranquille qui conféra à Salinger une aura légendaire.

[2] p78

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4 raisons de lire « Et devant moi, le monde » de Joyce Maynard

Et devant moi le monde ©Marie Salomé Peyronnel

1. Un « Voici » intello : Si vous voulez apprendre des scoops sur une légende de la littérature, vous ne serez pas déçus. Joyce Maynard revient sur sa relation d’un an avec J.D Salinger. Son régime alimentaire orthorexique, sa lubie pour l’homéopathie, son incompréhension des problèmes sexuels d’une jeune fille et même son rôle de père de famille, tout y passe. Le plus gros scoop étant qu’on peut être un grand écrivain et un gros con.

2. Un ouvrage à offrir à vos petites sœurs ou cousines un peu trop influençables: si vous voulez les décourager de sortir avec des hommes plus âgés, rien de plus efficace. Quand Joyce Maynard revient sur son passé, ça ne fait pas rêver : Cette jeune fille dont l’avenir semblait radieux arrête ses études à Yale, abandonne son travail dans un prestigieux magazine et s’éloigne de New York (la ville où elle a toujours rêvé d’habiter) pour suivre cet homme dans son quotidien solitaire et rigide, au fin fond de la campagne. Et quand il la quitte c’est après lui avoir fait perdre confiance en elle et lui avoir rempli le crâne d’interdits.

3. Une démarche honnête et courageuse : Comme sa mère, Joyce a toujours écrit sur elle même en racontant seulement ce qui l’arrangeait. Dans cet ouvrage, elle cherche à être parfaitement honnête et à tout dire même les aspects embarrassants. Bien sûr, elle sait que cela lui sera reproché, à commencer par tous ceux qui considèrent qu’il est malvenu de trahir la discrétion de Salinger sur sa propre vie. Ce livre est libérateur, autant au niveau sentimental et affectif que spirituel. Elle se détache enfin de la soif de reconnaissance.

4. Le récit d’une vie incroyable : Joyce Maynard en a bavé mais ce parcours rempli de nouveaux départs et de combats est un hymne à l’inhabituel. Son ton, emprunt d’humour et d’énergie, rend cette autobiographie profondément réconfortante et parfois très cocasse.

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