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5 raisons d’aller voir « La Femme aux 5 éléphants »

Voici 5 raisons d’aller voir ce documentaire sur Swetlana Geier, connue pour ses traductions des 5 éléphants de Dostoïevski. (Crime et Châtiment, Les Démons, L’idiot, L’adolescent et Les Frères Karamazov)

1.     Un réalisateur discret et patient : il est très agréable de voir un documentaire où le réalisateur reste toujours derrière la caméra et laisse son sujet s’exprimer pleinement. Vadim Jendreyko a suivi cette traductrice de la littérature russe, spécialiste de Dostoïevski pendant plusieurs mois et a pris le parti de la filmer dans divers événements de sa vie. Aucune sensation d’urgence ou d’intrusion. Le rythme est particulièrement calme et harmonieux.

2.     Une vieille dame surprenante: dès le début du film nous sommes skotchés par la force de ce que dit cette petite bonne femme de 85 ans, très élégante avec ses cheveux blancs en chignon, ses chemises blanches et ses mains sans fioriture. « Je trouve ça beau de pouvoir parler sans dire un mot » Au moins il n’est pas besoin de traduire…  une femme sage et bourrée d’esprit.

3.     Un cours de traduction: Swetlana transmet son savoir faire avec humour et pédagogie. Pour elle, il faut « traduire en levant le nez ». La traduction nait d’un tout et d’ une nécessaire appropriation du texte. Il est très instructif de la voir travailler avec les deux personnes qui l’aident dans cette tâche sans fin. Ils cherchent à comprendre le sens du texte et de tous les menus détails. Un travail de titan…

4.     Un voyage dans son Ukraine natale: Le réalisateur l’accompagne dans son pays qu’elle a quitté 65 ans plus tôt. Ce retour aux sources est une façon émouvante et efficace de comprendre son passé et son parcours singulier. Au cours du voyage et des confessions, le spectateur prend conscience qu’elle entretient un rapport de déni mystérieux envers ses origines et la souffrance qu’elle a subi ou dont elle a été témoin. Comme si pour survivre elle a avait du se construire une muraille d’indifférence face à ce qu’elle ne pouvait pas contrôler.

5.     Une leçon de vie: Swetlana Geier m’est apparue comme une force de la nature, « Je suis trop vieille pour faire des pauses » glisse t’elle l’air de rien. Cette petite vieille dame au dos vouté continue d’enseigner, de prodiguer des conseils, d’être d’une politesse irréprochable et de regorger de vitalité.Elle cuisine, entretient sa maison, fait son marché puis se remet à travailler. Comme elle le dit très justement « lire les cinq éléphants c’est déjà un effort physique en soi ». Elle le fait pourtant inlassablement, (sans même porter de lunettes !) et traduit ces gros pavés avec une rigueur et une précision hors du commun. Le plus marquant chez cette femme c’est l’énergie qu’elle arrive encore à trouver pour travailler et traverser les épreuves que la vie lui a réservées.

En sortant du Lucernaire, je claque des dents et repense à elle qui marche en jupe dans un cimetière enneigé d’Ukraine, ne semblant pas remarquer les températures négatives…

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