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Safran Foer fait dans la dentelle

Une page du livre Tree of Codes ©Marie Salomé Peyronnel

En attendant une amie à côté de Columbia, j’ai atterri dans une librairie au coin de Broadway et de la 114ème rue. J’ai eu la délicieuse impression d’être Christophe Colomb quand j’ai vu sur le présentoir, un nouveau « Nouveau Safran Foer ». Aux anges, je l’ai donc acheté malgré le sourire en coin du libraire. En sortant de la librairie, comme j’attendais toujours mon amie je me suis dis que j’allais en profiter pour commencer ma lecture au soleil. J’ai enlevé le petit film plastique qui emballait mon livre (et qui aurait dû me mettre la puce à l’oreille, aucun exemplaire n’était à feuilleter…) et là, imaginez ma surprise quand j’ai ouvert un livre constellé de trous ! J’aurais pu/dû être au courant puisque même Vogue en avait parlé ! Mais il arrive, même à Epstie, d’être en retard sur l’actualité Foerienne. Voici donc un update nécessaire.

Jonathan Safran Foer a crée Tree of Codes en découpant son texte dans la nouvelle The Street of Crocodiles de Bruno Schultz. Au premier abord on se dit que ce n’est pas un livre puisqu’il y a plus de trous que de mots. Bien au contraire ! Par cette dentelle littéraire Safran Foer cherche à faire ressortir le corps même de l’objet livre. Cet éloge à la matérialité du livre est une démarche d’autant plus audacieuse que nous sommes à l’époque de sa dématérialisation.

Si vous voulez tenter l’expérience il vous faut :

1.     43 dollars : et oui, quand même…mais bon, c’est plus un petit chef d’œuvre artistique qu’un simple bouquin.

2.     Des mains agiles pour tourner les pages : attention, l’objet est fragile et on peut perdre patience à devoir lire chaque page avec méticulosité.

3.     Un goût prononcé pour la poésie. Il y a une histoire – celle d’un père qui perd l’esprit – mais ce roman est avant tout poétique. Les premières pages sont d’ailleurs parsemées d’images et de métaphores éblouissantes.

4.     Avoir envie d’être à l’écoute de l’implicite. à chacun sa technique pour cela.

5.     Faire confiance à Safran Foer: mieux vaut se laisser porter par le texte sans chercher à comprendre ou contrôler. Ce cher Jonathan arrive quand même toujours à nous surprendre !

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Eating Animals de Jonathan Safran Foer


Eating Animals ©MarieSaloméPeyronnel

Eating Animals n’est pas seulement un essai rempli d’informations alarmantes sur les conditions de (sur)vie et de mort des animaux que nous trouvons dans nos assiettes, c’est également un témoignage émouvant et convaincant. Celui de Jonathan Safran Foer, mais aussi d’éleveurs plus ou moins sensibilisés à la cause animale, d’activistes végétariens, et d’un éleveur végétarien (si si ça existe!). Cette pluralité de voix, reflet de la sincérité avec laquelle Jonathan Safran Foer a entrepris cette enquête, enrichit l’ouvrage et rend la lecture dynamique.

« Feeding my child is not like feeding myself : it matters more. »

A la naissance de son fils, Jonathan Safran Foer à qui la question du végétarisme s’était déjà posée à plusieurs reprises, a eu besoin de se renseigner sur ce qu’il allait donner à manger à la chair de sa chair. Il a donc contacté les fermiers et compagnies agroalimentaires, mais ces derniers ne semblaient pas prêts à le renseigner. Safran Foer a alors consacré trois ans de sa vie à se rendre dans les dites fermes et élevages (parfois de nuit, sans y être convié), à rencontrer les différents acteurs de la chaine agroalimentaire, et à écrire ce livre.

« (…) food matters (…) and (…) the stories that are served with food matter »

En accordant une place non négligeable à l’étude anthropologique des différentes habitudes alimentaires dans le monde, en considérant la nourriture comme vecteur de tradition, et donc d’émotions et de valeurs, Safran Foer souligne que nos conceptions de ce qui est mangeable ou de ce qui ne l’est pas, de ce qui est bon et de ce qui est nécessaire pour une nutrition équilibrée sont bien sur relatives mais qu’elles sont profondément ancrées puisqu’elles relèvent de certitudes transmises  par notre famille et notre culture. Il n’est pas facile d’échapper au poids de la tradition, surtout lorsqu’il a bon goût. Sauf, peut être, quand d’autres valeurs tout aussi chères à nos cœurs sont bafouées…

« We can’t plead ignorance, only indifference. »

Ce que Jonathan Safran Foer dénonce, beaucoup d’entre nous le savent déjà. Mais certains détails particulièrement écœurants permettent une réelle prise de conscience. Ce livre n’a pas vocation à être prosélyte. Certes, vous penserez à deux fois avant de commander votre prochain cheeseburger, mais le but de l’ouvrage est avant tout de faire réaliser au lecteur la cruauté et le danger du système actuel. Le système est absurde parce qu’il s’éloigne de la nature et que jusqu’au goût de la viande tout est factice. Par notre passivité nous cautionnons des actes que nous serions incapables de commettre. Le message de Safran Foer est simple : que ceux qui ne seraient pas capable de torturer un animal sachent que par leur passivité ils cautionnent un système où la torture est le quotidien de millions de vaches, porcs, volailles, et mêmes poissons.

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